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Those About to Die

  • eligrayson22
  • 16 août 2024
  • 23 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 août 2024

Bonjour à toustes !


On se retrouve aujourd’hui pour parler d’une série assez différente de celles que j’ai pu chroniquer d’habitude mais surtout différente des séries que j’ai l’habitude de regarder alors, rien que pour l’opportunité que vous m’avez offert, je voulais vous remercier de l’avoir choisie dans le sondage fait sur Instagram (@theaddictedwatcherrewiews) samedi dernier. La série dont je vais vous parler est l’adaptation du livre éponyme de Daniel P. Mannix publié en 1958 qui a été réédité en 2001 sous le titre The Way of the Gladiator. Ce livre  aurait d’ailleurs soit-disant inspiré le scénario de David Franzoni pour le film Gladiator (2000) de Ridley Scott. La sortie de la série en fin juillet de cette année sur Prime Video pourrait d’ailleurs laisser penser qu’elle prépare le terrain pour la sortie du film Gladiator 2 prévu pour novembre 2024. Certains d’entre vous l’auront peut-être deviné, je vais vous parler de la série Those About To Die.


Comme d'habitude, commençons par un petit synopsis : Rome, l'an 79, quelques années après le décès du Princeps Senatus Néron. La population est lasse et s'ennuie. Certains sont affamés en raison notamment du blé qui tarde à arriver d'Égypte. 

Le Princeps vieillissant Vespasien, qui a lancé la création de l'amphithéâtre Flavien, va tenter de faire diversion et divertir le peuple grâce aux combats de gladiateurs et aux courses de chars. Tout cela occupe de nombreuses personnes en coulisses pour offrir un véritable « spectacle » au peuple. Le nouvel amphithéâtre crée par ailleurs de la jalousie au sein de l’élite romaine qui voit d'un mauvais œil la volonté de Vespasien de partager avec le peuple la propriété des lieux. 

Vespasien doit également faire face à la rivalité entre ses deux fils, Titus et Domitien.

Dans ce contexte, nous suivons le destin de Tenax, un homme parti de rien qui tente d’atteindre les hautes sphères de la société romaine. En chemin, il croise la route de Cala, une mère venue de Numidie pour récupérer ses trois enfants qui ont été forcés en esclavage et transportés à Rome.


Et maintenant une petite présentation technique :


- Créé par : Robert Rodat


- Musique par : Andrea Farri


- Casting principal : Iwan Rheon, Sara Martins, Tom Hughes, Jojo Macari, Moe Hashim, Jóhannes Haukur Jóhannesson, Rupert Penry-Jones, Gabriella Pession, Dimitri Leonidas, Emilio Sakraya, David Wurawa, Pepe Barroso, Gonçalo Almeida, Eneko Sagardoy, Lara Wolf, Anthony Hopkins.


Comme je le disais au début de l’article, cette série est donc l’adaptation du roman Those About to Die de Daniel P. Mannix (1958, réédit. 2001) à l’initiative de Robert Rodat qui est à l’origine de films tels que Saving Private Ryan (1998) ou encore la série Falling Skies (2011), deux projets réalisés et produits par Steven Spielberg


Dans cette œuvre qui prend la forme de péplum, nous pouvons y retrouver beaucoup de codes présents dans d’autres productions bien connues du grand public tels que les films Gladiator (2000), Spartacus (1960) et Ben-Hur (1959), mais aussi les séries Rome (2005) ou encore Spartacus (2010) et plein d’autres. Le titre de l'œuvre fait d’ailleurs une référence directe au salut latin adressé à le Princeps lors des jeux : Ave Caesar, morituri te salutant, qui se traduit en français par "Salut César, ceux qui vont mourir te saluent". C’est une citation qui est quasiment systématiquement reprise dans tous les types d’œuvres traitant de combats de gladiateurs, de courses de chars et plus largement des arènes de Rome comme c’est le cas par exemple dans la bande dessinée Astérix Gladiateur d’Albert Uderzo et René Goscinny (album sorti en 1964). 


Mais arrêtons nous quelques instants. Qu’est-ce qu’un péplum ?  Le nom latin peplum est emprunté au mot grec ancien péplos signifiant « toile servant à se draper pour faire une "toge" ». Ici il désigne, depuis le vingtième siècle, un genre cinématographique de fiction historique dont l'action se déroule dans l'Antiquité, en particulier celle de la Rome antique, de la Grèce antique et de l'Égypte antique. Il existe aussi des péplums bibliques basés sur l'Ancien ou le Nouveau Testament. Sa place dans l'Histoire du cinéma prouve son importance. À la fois noble - car il traite de l'histoire, de la religion, utielint des auteurs tels que Homère (L'Iliade, L’Odyssée) ou Gustave Flaubert (Salammbô)-, et vulgaire, car il exploite la violence et l'érotisme, le genre antique est associé à l'épopée, à la comédie, au fantastique parfois et même au merveilleux par son utielition des différentes mythologies. 

La recette basique du péplum américain a été fixée par Cecil B. DeMille : beau héros, musclé de préférence, belle héroïne, action spectaculaire (orgies, batailles), décors et costumes somptueux.


Maintenant que nous avons fait un point sur le genre de la série, il nous faut faire un petit point historique afin de resituer les personnages et les différents enjeux de la série.

CONTEXTUAELITION

Avant de commencer, cette section contiendra probablement quelques spoilers historiques sur certains des personnages principaux mais il est nécessaire de connaître un minimum l’Histoire pour en comprendre ses enjeux.


Bien que la série commence en 79 après Jésus Christ, sous le règne du Princeps Vespasien, il faut revenir légèrement en arrière pour comprendre le contexte socio-politique de l’époque.


  • Avant Vespasien

À la mort de Néron en 68, l’Empire romain plonge dans la guerre civile, appelée l’Année des quatre empereurs, et le pouvoir est très disputé ce qui conduit l’Empire à une situation politique très instable. Alors que l’usurpateur Vitellius prend le pouvoir au cours de l’année 69, les légions romaines en Égypte et en Judée déclarent Vespasien Imperator le 1er juillet 69. Il marchera sur Rome avec ses légions plus nombreuses et vaincra Vitellius, mettant fin à la guerre civile et sera le premier représentant de la nouvelle dynastie des Flaviens.


  •  Le Princeps Vespasien - interprété dans la série par Anthony Hopkins.

Le 20 décembre 69, Vespasien est annoncé comme ayant triomphé de Vitellius et sa nomination est confirmée le lendemain par le Sénat. Le règne de Vespasien est marqué par une série de réformes financières et d'ambitieuses constructions. Son projet le plus célèbre est le Colisée, amphithéâtre d'une taille jamais surpassée. Par l'intermédiaire de son délégué Agricola, Vespasien poursuit également la conquête de la Bretagne. 

Vespasien est le premier Princeps romain issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre (l’ordre qui suit l’ordre sénatorial dans la hiérarchie des classes) et devient également le premier Princeps romain à être remplacé par son fils naturel, Titus, à sa mort en 79. Sa carrière militaire est à l'origine de sa renommée (conquête romaine de la Bretagne en 43, domination romaine de la Judée -Israël et Palestine actuelles- lors de la rébellion juive de 66).


  •  Le Princeps Titus - interprété dans la série par Tom Hughes.

Titus, fils de Vespasien, règne de 79 à 81. Servant tout d'abord sous les ordres de son père, il se fait connaître comme commandant militaire pendant la première guerre judéo-romaine. Titus suscite la suspicion parmi les Romains une fois Vespasien devenu Princeps, en raison de son statut de préfet de la garde prétorienne, mais aussi à cause de sa relation avec la princesse Bérénice de Judée. Malgré plusieurs manquements à la morale romaine, Titus devient de plus en plus apprécié après la mort de Vespasien en 79. 

Son règne, bien que bref, voit plusieurs catastrophes se produire. Alors qu'il vient d'arriver au pouvoir, Titus doit gérer les conséquences de l'éruption du Vésuve, se distinguant par sa grande générosité envers les victimes. L'année suivante, il doit affronter un incendie qui ravage Rome alors que s'achève la construction du Colisée. Enfin, il intervient lui-même pour aider les victimes d'une épidémie de peste qui cause des milliers de morts dans la ville. 

Considéré comme un bon Princeps par les historiens antiques, il meurt le 13 septembre 81 d'une violente fièvre. 


  •  Le Princeps Domitien - interprété dans la série par Jojo Macari.

Domitien, fils cadet de Vespasien, succède donc à son frère aîné Titus comme Princeps de l’an 81 jusqu'à sa mort en 96. Il est le troisième et dernier représentant de la dynastie flavienne. En tant que Princeps, Domitien renforce l'économie en réévaluant la monnaie romaine, réorganise les défenses frontalières et entame un ambitieux programme de construction dans Rome (notamment construisant en hommage à son frère l'arc de Titus). 

Sa politique extérieure est marquée par les campagnes d'Agricola en Bretagne et les guerres contre les Germains et les Daces. 

Il est aussi connu pour avoir exclu de Rome les philosophes qui généraient, de par la transmission de leurs idéologies, des opposants au régime. Le gouvernement de Domitien, notamment sa politique de centraelition, montre de nombreux signes de despotisme. En effet, celui-ci considère que son destin est de guider le peuple romain vers un nouvel âge d'or. Cette image est véhiculée grâce à une propagande développée sur les plans religieux, militaire et culturel. De fait, Domitien est populaire auprès du peuple et de l'armée mais il est considéré comme un tyran par les sénateurs auxquels il n'a laissé que des bribes de pouvoir. 

Le règne de Domitien s'achève en 96 lorsqu'il est assassiné par des membres de la cour. Après sa mort, tout comme l’avait été Néron, il est frappé d’abolitio nominis (“suppression du nom” ; l’expression équivalente moderne serait damnatio memoriae qui littéralement signifie “condamnation à l’oubli” mais ne fut créée qu’en 1689) par le Sénat et des historiens latins comme Tacite ou encore Pline le Jeune publient des versions de l'histoire romaine où il est décrit comme un tyran cruel et paranoïaque. 

Depuis, les historiens modernes ont réhabilité son règne dont les programmes politiques, économiques et culturels ont favorisé l'avènement d'une époque florissante pour l'Empire romain.


  •  Bérénice de Judée - interprétée dans la série par Lara Wolf.

Bérénice, aussi connue comme Julia Berenice, née vers 28, est une des filles du roi Agrippa Ier. Elle descend de la dynastie hérodienne car elle est l’arrière-petite-fille d’Hérode Ier de Judée dit Hérode le Grand. 

Très jeune, elle est mariée une première fois. Après cette première union, Bérénice séjourne quelque temps à Alexandrie jusqu'à la mort de son époux. 

Elle est remariée encore jeune fille à son oncle Hérode V, le roi de Chalcis (sud-est de la Syrie romaine) avec qui elle a deux fils. 

Elle est à nouveau veuve vers 48 et se marie une troisième fois avec Marcus Antonius Polemo II, roi client de Cilicie (province de l’actuelle Turquie) mais qu'elle quitte pour revenir à Jérusalem auprès d'Agrippa II, son frère. À ses côtés, elle remplit les fonctions de reine, un statut qui lui est reconnu, alors qu'aucune épouse d'Agrippa n'est mentionnée dans les sources antiques. 

Elle devient la maîtresse de Titus, le fils aîné du Princeps Vespasien, pendant qu'il commande certaines légions qui tentent d'éradiquer toute résistance en Galilée (au nord d’Israël) entre 67 et 68. Leur liaison se poursuit pendant que Titus écrase la révolte juive de 66 - 70 dite Grande Révolte pour les Juifs ou Première guerre judéo-romaine. Titus rentre à Rome pour assister à son triomphe (fin 70) et seconder son père. Bérénice le rejoint vers 75. En raison de rumeurs négatives concernant cette liaison, il la renvoie auprès de son frère à Jérusalem lorsqu'il devient Princeps en 79.


  •  L’aurige Scorpius - interprété dans la série par Dimitri Leonidas.

Flavius Scorpus, également connu sous le nom de Scorpius, est un célèbre aurige à l'époque romaine qui vivait à la fin du ier siècle de notre ère. Scorpus a accumulé 2 048 victoires (soit près de 10 courses de chars par semaine).

En tant que l'un des conducteurs de char les plus célèbres de l'histoire romaine, Scorpus a gagné des sommes extraordinairement importantes ; ses revenus dépassant ceux de sponsors romains professionnels.

  •  Contexte géographique

Plusieurs lieux sont utilisés dans la série et certains, au fil de l’histoire changèrent de nom alors voici une petite liste pour que tout le monde sache d’où il est question  : 

  • Une partie des personnages viennent de Numidie qui correspond de nos jours à l’Algérie actuelle et une partie de la Libye.

  • Bérénice vient donc de Judée c'est-à-dire le royaume qui couvrait l’Israël, la Palestine et une partie de la Cisjordanie actuelle.

CASTING

Je ne vais pas passer par quatre chemins et être assez honnête dans mon ressenti. Celui-ci ne concerne que moi et vous êtes bien évidemment libre d’en avoir un qui diverge.

Une des principales raisons qui m’a donné envie de regarder cette série, au delà de son thème, fut la présence au casting de la série d’Anthony Hopkins (Le Silence des Agneaux, Elephant Man, Dracula, Une Vie) et d’Iwan Rheon (Game of Thrones, Misfits, Inhumans). Le premier, habitué des rôles très charismatiques, jouant un Princeps romain, le casting pouvait difficilement faire plus rêver. Quant au second, que beaucoup ont comme moi découvert dans Game of Thrones, interprète ici Tenax, un chef du crime clandestin et propriétaire de la plus grande taverne de paris de Rome. Un nouveau rôle emprunt de duplicité et de manipulation qui me donnait très envie de voir comment il allait se démarquer de son rôle de Ramsay Bolton. Alors pourquoi pas tenter l’aventure ?

À leur exception, l’entièreté du casting m’était inconnue du moins de nom et, malheureusement, je pense que pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas la série qui mettra leur talent en valeur. Et je ne parle pas nécessairement de manque de talent, bien que pour certains les prestations laissent à désirer, mais je parle surtout de visibilité. La série regorge de tant de personnages que le casting principal de la série est immense aussi, la répartition du temps d’écran entre chaque ne laisse à chacun que de maigres moments d’apparition par épisode. 


Les interprétations pour certains personnages sont à mon goût soit trop caricaturales soit trop effacées et cela donne à l’ensemble un manque d’harmonie désagréable à regarder. En effet, lorsque l’on passe d’une scène très intense et chargée d’enjeux politiques à une scène de discussion entre deux pages (ce n’est qu’un exemple mais il est représentatif je pense), l’émotion créée par la première disparaît et avec elle, une grande partie de l’attention du spectateur.


Cependant je dois avouer avoir découvert des comédien.ne.s de talent que je ne connaissais pas et qui méritent d’être plus vu.e.s. Je pense notamment à Jojo Macari (Morbius, Sex Education, Harlots) qui interprète, je trouve, brillamment l’ambitieux et manipulateur Domitien Flavius, fils cadet du Princeps Vespasien mais aussi Aedile Ludi, c’est-à-dire la personne qui organise les combats de gladiateurs et les courses de chars à Rome. 

Mais je parle également de Sara Martins (Les Petits Mouchoirs, Petits Meurtres au Paradis, Alexandra Ehle), une comédienne française qui interprète Cala, une commerçante numide et mère de trois enfants -Kwame, Aura et Jula- qui va faire son possible pour les délivrer de l’emprise des romains. Bien entendu, ce ne sont pas les deux seuls mais ce sont leurs interprétations et leurs personnages complexes qui m’ont donné envie de dépasser le premier épisode.

Bien que les personnages campés par Anthony Hopkins et Iwan Rheon soient tous deux forts intéressants et qu’il y aurait matière à approfondir leurs histoires, leur présence au casting ne suffit pas à combler le manque de matière scénaristique. C’est un défaut que j’ai déjà légèrement abordé et sur lequel je reviendrai dans la suite de l’article.

Toutefois, je tiens à saluer le travail fourni par les comédiens/cascadeurs sur les scènes de courses et celles de combats dans l’arène.  


THÉMATIQUES

Il y a plusieurs thématiques importantes dans la série et, bien qu’elles ne soient pas toujours abordées avec assez de profondeur ou un nouvel œil, je ne vais pas toutes les mentionner ici, ce serait beaucoup trop long. Les thèmes inhérents au genre tel que la politique, la rivalité mais aussi à cette époque l’esclavage et les combats en arènes en guise de divertissement en font tous partis.

Néanmoins, je ne peux pas ne pas parler de l’une des thématiques cruciale au genre et, de manière plus large, aux oeuvres historiques : l’exploitation du sexe. C’est une thématique intéressante à aborder de par la compréhension de l’enjeu de la sexualité des personnages mais aussi de leur sexuaelition. Dans bien des oeuvres notamment de ce genre, lorsque l'homosexualité masculine est représentée, il s'agit moins de montrer des relations entre hommes que de dépeindre la décadence de Rome, que ce soit par fascination ou dénonciation morale. Si l'homosexualité masculine est suggérée et (auto)censurée, ce n'est pas le cas des relations entre femmes, qui au contraire sont montrées avec force  de voyeurisme afin de satisfaire un public masculin, tels que dans Sapho, Vénus de Lesbos (1960) ou encore Sodome et Gomorrhe (1962). Lorsque les personnages sont explicitement lesbiens, elles sont représentées comme haïssant les hommes et il faudra attendre les années 1990 avec Xena, la guerrière pour que le saphisme représenté à l'écran soit apprécié et revendiqué par la culture lesbienne.

Ce que j’ai pu apprécié dans la série est que, bien qu’il y ait -beaucoup trop- de relations charnelles de dépeintes entre de nombreux personnages, elles sont majoritairement courtes et souvent censurées par le cadrage ou encore un drap bien placé. La vulgarité sexuelle au sens premier du terme n’est pas nécessaire à la compréhension des enjeux de l’histoire et donc n’a pas lieu de prendre autant de place. Cependant, il est notable que la majorité des relations entre des personnages de genre opposés passent quasiment systématiquement par une forme de relation ou d’exploitation sexuelle ce qui empêche la création du moindre lien entre les deux genres dépeints. 


Comme autre thématique qu’il est important d’aborder se trouve les relations de rivalité et notamment de rivalité politique. Qu’il s’agisse de la relation entre Titus et Domitien qui se disputent qui héritera du titre de Princeps, que ce soient les factions qui cherchent à prendre le pouvoir à la dynastie des Flaviens, que ce soit les relations entre les gouvernants romains et leurs provinces -ici particulièrement la Numidie et la Judée-, les rivalités politiques sont multiples. Et pourtant, durant la majeure partie de la saison, j’ai eu l’impression que rien de tout cela n’était plus important pour les personnages que le choix de leur dîner. Comme je le disais dans la section CASTING, la démultiplication des personnages ne laisse que trop peu d’espace au développement de chaque intrigue et c’est tellement dommage car la politique est une des deux thématiques principales de la série. C’est même la raison pour laquelle j’avais envisagé en premier lieu de regarder cette série : mieux comprendre les enjeux politiques derrière les jeux du Circus Maximus et plus largement mieux découvrir l’époque de la Rome Antique. Mais ici, les relations restent superficielles, prévisibles et donc, pour la majorité, plutôt ennuyantes. Néanmoins, comme l’a expliqué Roland Emmerich lui-même lorsque la bande annonce de la série est sortie, “Tant de choses semblent toujours d’actualité dans notre société actuelle, de l’imbrication de la politique et du sport aux disciplines des compétitions, qui n’ont pas beaucoup changé non plus au cours des 2000 dernières années. Les spectacles les plus électrisants pour le grand public impliquent toujours deux hommes dans une arène, qui se battent entre eux, et les chars d’aujourd’hui sont appelés voitures de course dont les pilotes ont encore des accidents et qui paient souvent de leur vie.". Et je suis sensiblement d’accord si l’on regarde les coups fourrés de nos politiques -n’importe où que ce soit dans le monde-, a façon dont les célébrités sont portées au nu comme s’il s’agissait pour certaines de divinités, certains aspects de la vie de l’époque sont facilement transférables sur notre époque.


Enfin, l’approche de l’esclavage avec la famille de Cala reste à mon sens une des rares réussites de la série. Bien que certains évènements restent improbables pour l’époque, l’enrôlement de ses enfants pour servir l’Empire romain ainsi que leur vente en tant qu’esclave reste plausible. J’ai particulièrement apprécié l’écriture du personnage de Cala qui, étant une mère visiblement célibataire et noire, sait se servir de ces deux caractéristiques à son avantage afin de manipuler son environnement et tenter de libérer ses enfants. 

C’est une femme forte et engagée ; elle ne reculera pas avant de parvenir à ses fins et pour une fois, je trouve que c’est rafraîchissant non seulement de voir une femme se battre pour sauver sa famille mais également de voir des esclaves en position de force, toute propension gardée bien entendu. La comédienne Sara Martins -qui interprète Cala- a d’ailleurs déclaré à propos de la série que “sur le plan narratif, c'est un côté de Rome que nous avons à peine vu. Il ne s'agit pas seulement des riches, des patriciens, de la famille régnante et des opposants. Elle parle aussi de tous les travailleurs, des esclaves, des gens prospères… tout ce qui se cache derrière les rideaux d’une ville comme Rome comme par exemple tous les esclaves qui construisaient ces beaux bâtiments. Cela montre la vie à Rome à l’époque et sur toutes les échelles sociales.” Et je suis d’accord qu’à travers le parcours de son personnage, c’est ce que la série nous donne un peu à voir et c’est agréable.


PRODUCTION

Dotée d'un budget de plus de 150 millions de dollars pour une première saison de dix épisodes, la série constitue la première incursion dans le monde de la télévision du cinéaste allemand Roland Emmerich connu pour ses films catastrophes tels qu’Independence Day (1996), Godzilla (1998), Le Jour d'après (2004) ou encore 2012 (2009). 

Aux côtés de Marco Kreuzpaintner (Trade, The Collini Case, The Lazarus Project) avec qui il avait déjà travaillé plusieurs fois par le passé, le réaeliteur avait été commissionné par la chaîne américaine Peacock dès juillet 2022.

Le scénario devait être écrit par Robert Rodat (Saving Private Ryan, Thor: The Dark World, Kursk) avec qui Roland Emmerich avait déjà travaillé en 2000 sur le film The Patriot : le chemin de la liberté.


Mais au-delà de l’aspect technique très ambitieux sur lequel je reviendrai juste après, la production a fait quelques erreurs qui à mon sens sont grandement dommageables à la série.


Premièrement, la série démarre directement dans l’action sans prendre le temps de poser le contexte qui est tout de même très important. La seule présentation qui nous est faite est un court monologue du personnage d’Iwan Rheon, Tenax, qui nous présente brièvement le fonctionnement des jeux du cirque et de son rôle dans ceux-ci. Il manque du coup au spectateur qui ne serait pas historien spécialiste de l’époque de la Rome Antique -ce qui est en soit déjà affreusement spécifique- beaucoup d’éléments pour ne serait-ce que comprendre qui sont la moitié des personnages principaux et les enjeux politiques de la série.


Ensuite, la terminologie est parfois historiquement incorrecte, bien que ce soit possiblement fait pour aider le spectateur à situer certains éléments. Par exemple, lorsqu’ils parlent de chevaux andalous, ils auraient dû parler de chevaux provenant de la Bétique car il est incorrect de parler de la région d’Andalousie 700 ans avant sa création. En effet, “Al Andalus” -qui donnera son nom à l’Andalousie- provient des invasions arabes en Espagne durant le 7ème siècle. À l’époque de la série il aurait donc été plus correct de parler de chevaux venant de la Bétique, région qui avait été créée sous le règne d'Auguste [63 av. JC- 14 apr. JC] par démembrement de la province d'Hispanie ultérieure et qui à l’époque couvre le sud de l'actuelle Espagne et correspondant à peu près à l’actuelle Andalousie. Elle tire d’ailleurs son nom de l'appellation latine du fleuve Guadalquivir, Baetis.


Enfin, et c’est peut-être ce qui m’a le plus ennuyé mais je l’ai déjà mentionné c’est la sur-numération des personnages qui in fine noie les histoires de tous les personnages, ne met vraiment personne en valeur et perd son propre propos dans des scènes quelconque et superficielles.


Adaptation du livre



Je ne vais pas m'épancher sur le sujet n’ayant pas lu le livre mais de ce que j’ai pu en feuilleté et comprendre des diverses analyses de celui-ci, l'œuvre de Daniel P. Mannix semble couvrir plusieurs siècles d’histoire romaine et pas seulement le principat de la dynastie flavienne ce qui pourrait en faire une œuvre plus complète et aussi complexe que l’adaptation ne pourrait le laisser sous-entendre. 

En effet, ne serait-ce que dans sa première page, le livre présente brièvement, en une phrase, le contexte primaire dans lequel le roman démarre l’épopée qui nous est contée : 

“The situation here has got out of control. The emperor’s a lunatic, the army’s on the edge of mutiny and the people are dying of hunger. For the gods’ sake, get the sand! We have to get their minds off their troubles!” - Daniel P. Mannix, Those About to Die, réed. 2024, p.7. 

(“La situation ici est hors de contrôle. l’empereur est un lunatique, l’armée est sur le point de commettre une mutinerie et le peuple meurt de faim. Pour l’amour des dieux, allez chercher le sable ! Il nous faut absolument détourner leurs esprits de leurs problèmes !”)


Cela ne fait que renforcer mon sentiment qu’il manque une introduction capitale de la situation dans l’adaptation télévisuelle.


EFFETS SPÉCIAUX

Je voudrais m’arrêter quelques instants sur l’aspect visuel de la série. 


La série a été filmée dans les studios emblématiques de Cinecittà à Rome. Il s’agit là de l'un des plus grands studios de cinéma d'Europe et qui, à son origine, était une machine de propagande pour le gouvernement fasciste de Benito Mussolini. Il est en activité depuis près d'un siècle et a servi de décor à des productions classiques telles que Vacances romaines (1953), Ben-Hur (1959) et Cléopâtre (1963). En fait, le site est devenu si populaire auprès des cinéastes américains qu'il a fini par être surnommé « Hollywood sur le Tibre ».


Le fait que les acteurs et l'équipe de Those About to Die aient pu tourner dans la ville même où se déroule leur histoire a permis aux créateurs de la série de ne pas se contenter de tourner dans la “Ville éternelle”, mais aussi de s'immerger dans son histoire tout en racontant une version fictive d'événements réels.


« Nous avons tourné la série à Rome et nous sommes entourés de bâtiments construits par ces empereurs », a déclaré Jojo Macari, qui incarne Domitien. « Vous êtes constamment entouré de leur héritage. Vous pouvez donc lire autant que vous voulez et faire autant de recherches que vous le souhaitez. Mais aller dans la chambre à coucher de Domitien, qui se trouve toujours sur la Colline Palatine, rien n'est vraiment comparable à cela ».


Bien sûr, la production ne pouvait nécessairement pas tourner dans les véritables chambres à coucher des hommes d'État romains, de sorte que la Rome antique a dû être recréée par le biais de décors et d'effets visuels. Les décors de la série ont été conçus par Laura Pozzaglio, conceptrice de la coproduction et native d'Italie, qui s'est inspirée des découvertes archéologiques faites dans un certain nombre de villes italiennes importantes, notamment Rome, Naples, Pompéi, Ercolano et Oplontis. Avec Johannes Muecke - le coconcepteur de la production - et l’équipe de production, ils ont collaboré avec plusieurs musées afin de pouvoir reproduire certains objets pour les accessoires. Une équipe de sculpteurs a également reproduit des statues de l'époque, et des menuisiers ont reproduit des meubles qu’ils avaient vus à Pompéi ou dans des livres d'histoire, a même expliqué Laura Pozzaglio dans les notes de production en soulignant l’effort pour la précision qui avait été fait.


Ce qui n'a pas pu être réalisé sur le plan pratique a été confié au superviseur des effets visuels Peter Travers, qui a utilisé la technologie du mur d'images LED Volume, inaugurée par The Mandalorian. Il a d’ailleurs expliqué que le mur numérique qui avait été utilisé est gigantesque : environ 51 mètres de circonférence pour huit mètres de haut. Il est composé de panneaux de diodes électroluminescentes et laisse les choses s'étendre à l'infini ce qui veut dire que même pour les plus petites scènes de conversation, ils pouvaient avoir le Colisée ou la ligne d'horizon de la Rome antique en arrière-plan ce qui donnait aux acteurs l'impression de vivre dans la Rome antique.



Et c’est vrai que bien que les décors -que ce soit les différentes demeures des patriciens ou les décors en extérieur tels que la basilique Julia ou encore le temple de Vesta- soient grandioses dans leur démesure, il y a un gros problème sur les jeux de lumière dans de nombreuses scènes. Ce problème de contraste lumineux est très présent à travers la saison et, par conséquent, parfois on ne voit pas ce qui se passe ou même ne serait-ce que les réactions physiques des personnages. 


Il y a également des problèmes sur l’utielition d’effets spéciaux. En effet, les fonds verts sont visibles sur certains plans lointains sur les décors -notamment les vues aériennes de la ville au début de la série- et je ne parlerai que très brièvement de la CGI des lions qui est absolument horrible. 



Cependant, je me dois de reconnaître que la majorité des plans caméra des courses de char ainsi que ceux des combats de gladiateurs -particulièrement observables dans les deux derniers épisodes de la saison- sont assez beaux et ils peuvent rappeler des œuvres comme Ben-Hur dans la photographie des scènes dans le Circus Maximus. Je pense d’ailleurs que le réalisme athlétique des courses de chars tient d’ailleurs au fait que les chevaux étaient de vraies bêtes et que les courses n’étaient pas digitalisées. Bien entendu, elles sont chorégraphiées et des cascadeurs sont engagés pour les scènes les plus dangereuses mais les comédiens, dont fait partie Dimitri Leonidas - qui interprète l’aurige Scorpus - ont dû apprendre à conduire un vrai char, tiré par de vrais chevaux. De cette expérience, il dit d’ailleurs :

« Apprendre les différentes étapes de la course avant même que l'on nous laisse monter sur les chars et nous entraîner avec les chars, c'était très amusant. Et enfin, lorsque les cascadeurs nous ont laissé monter sur les chars à quatre chevaux pour essayer et apprendre, la sensation est tout simplement incroyable. Il n'y a rien de tel. Quatre chevaux hongrois géants qui s'élancent à toute allure. C'est comme un tremblement de terre. C'est difficile à décrire, pour être honnête. Tout ce que je peux dire, c'est que les gars qui font ça, les cascadeurs et les gars comme Scorpus qui font la course, il faut être fou. Ce qu'ils font est complètement fou. [...] Je ne suis pas allé aussi vite qu’eux, sauf à un moment où nous étions en train de nous entraîner et où les chevaux ont décidé de faire la course et je me suis laissé entraîner », a-t-il déclaré. « Il y a une superbe photo, en fait, qu'un de nos photographes de plateau a prise juste au moment où les chevaux sont partis, et vous pouvez nous voir, moi et un des autres acteurs, en train de faire de notre mieux pour les arrêter au moment où nous prenons le virage du Circus Maximus. Il m'a dit qu'il avait arrêté de prendre des photos parce qu'il pensait que quelque chose de grave allait se produire. Pour être honnête, j'étais sur le char et j'ai pensé que quelque chose de grave allait se produire. Mais c'est pour cela qu'il faut s'entraîner. Il faut s'entraîner autant que possible, espérer que tout se passe bien, mais aussi être sûr que si quelque chose se passe mal, on connaît les protocoles et on sait comment assurer la sécurité. Mais je suis heureux d'avoir pu en faire l'expérience, car c'est la seule fois où j'ai pu les sentir se déchaîner, c'est quand je ne m'y attendais pas. Et c'est sauvage. C'est complètement sauvage. Et ça m'a donné une nouvelle sorte de respect pour Scorpus et tous les gars qui faisaient ça. ». Interview de Dimitri Leonidas pour NBC, 12 juillet 2024.



La colorimétrie de la série est aussi de belle qualité. Ils permettent de rattraper bien des moments scénaristiques vides en captivant l'œil du spectateur par une imagerie grandiose qui, combinée aux décors spectaculaires et aux costumes opulents, constituent un des rares points forts de la série à mes yeux.


COSTUMES 

Avant dernier arrêt, les costumes ! C’est un des grands points forts de cette série et contre lequel je n’ai aucune critique à faire, les costumes de cette série sont époustouflants ! Sous la supervision de Gianni Casalnuovo comme chef costumier, les tenues des personnages mais aussi les armures sont d’une manufacture de grande qualité. Avec l’appui du fournisseur de costumes Peris Costumes -basé en Espagne mais ayant également une succursale à Rome-, l’équipe de production a pu avoir accès à des pièces rares, de qualité et qui ont été retouchées sur mesure pour les besoins de la série. Habitué des plateaux de cinéma et de télévision, Peris Costumes a également eu l’occasion de travailler sur des projets tels que Gladiator II ou encore House of the Dragon. Ensemble, ils ont créé une collection de costumes qui reflète de manière fidèle l'opulence et la rigueur de la grande époque de Rome.


Un petit bémol sur les giclées de sang et les prosthétiques de membres coupées et entailles dans la chair des gladiateurs qui parfois semblent grossières mais dans le feu de l’action, c’est un détail presque négligeable.


MUSIQUE

La bande son de la série, composée par Andrea Farri, est plutôt intéressante et suffisamment épique pour séduire le spectateur. Cependant, je pense que si vous écoutez les musiques en dehors des épisodes, je pense que ce n’est pas toujours la Rome antique que les morceaux vous évoqueront. Ce sont tout de même de très belles compositions de violon et de violoncelle qui sauront plaire aux mélomanes bien que les compositions ne soient pas temporellement cohérentes avec les instruments de l’époque puisque le violon et le violoncelle ont été inventés au XVIème siècle.


De plus, le travail sur le générique de la série - qui représente des flots de sang se déversant dans les rues de Rome et sur ses monuments emblématiques - peut faire penser à de nombreux génériques des séries de ces dernières années : Game of Thrones, House of the Dragon, Westworld et d’autres encore. Sur une musique de Woodkid, le statut épique annoncé par le synopsis de la série est véritablement palpable. 


CONCLUSION 

Bien qu’ayant fait appel à de grands noms pour cette série, elle laisse à mon sens un goût amer en bouche. Si l’on peut être séduit par les superbes costumes et certains décors, l’absence d’une réelle profondeur scénaristique laisse place aux clichés du genre déjà bien trop exploités. Même la présence d’Anthony Hopkins ne suffit pas à redorer le blason de cette épopée qui n’a de fantastique que le nom…


Je ne vais pas refaire tout l’article, je pense qu’il est suffisamment explicite pour que vous compreniez que cette série a été pour moi une grosse déception. Bien que les péplums sont loin de mon genre de prédilection, je me faisais une joie d’avoir une nouvelle chance qu’on me prouve le contraire, d’avoir l’occasion d’en apprendre plus sur cette époque que je connais si peu et en plus avec les présences d’Anthony Hopkins et Iwan Rheon ! Et bien ce que j’en retiendrai c’est une nouvelle déception qui a un amer goût de perte de temps…


Je m’attendais à ce que l’exploitation des jeux permette de mettre en exergue les enjeux politiques de l’époque et c’est en partie accompli. Néanmoins je trouve qu’ils auraient pu accentuer la politique et diminuer l’aspect sexualisé des personnages. Peut-être est-ce dû à la période choisie qui n’est pas la plus mouvementée de l’histoire ? Peut-être qu'une autre période de l’Empire romain aurait été plus adaptable en série ?


Ce n’est donc pas aujourd'hui que l’on me verra courir au cinéma pour voir le prochain Gladiator et j’espère presque qu’Amazon ne renouvellera pas cette série tant il n’y a pas d’enjeux réel dépeint dans cette terne histoire. Ce serait une économie de temps et d'argent pour tout le monde… Peut-être que s’ils décident tout de même de renouveler cette série, ils choisiront de faire une ellipse temporelle et se concentreront sur une période avec  potentiellement plus d’enjeux. Ils ont eu l’opportunité de diversifier et d’innover dans la représentation du genre du péplum et ont finalement choisi de rester sur les clichés surannés dont-il regorge. En espérant que c’est une erreur qu’ils ne poursuivront pas si la série est renouvelée pour une seconde saison.


C’est donc là tout ce que j’aurai à dire sur la série Those About to Die. J’espère que celleux qui avaient fait ce choix auront tout de même la curiosité de tenter de regarder, ne serait-ce que pour vous faire votre propre avis. Peut-être serez-vous moins difficiles que moi ?


Je voudrai remercier particulièrement ma compagne qui subit les visionnages de toutes ces séries, elle me relis à chaque article, elle me soutient et, d’autant plus sur cet article, elle a été ma consultante historique puisque c’est son domaine d’études. 


En attendant le prochain article, je vous souhaite de bons visionnages, une très belle semaine et on se retrouve très vite sur Instagram (@theaddictedwatcherreviews) pour le choix du prochain article !


Eli




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